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jean-paul kauffmann - Page 2

  • Passer une dernière soirée avec Jean-Paul Kauffmann et les soldats de Napoléon.

    Terminer Outre-terre, de Jean-Paul Kauffmann.
    On savait bien qu’il n’irait pas dans la chapelle. Ce n’était d’ailleurs pas le but puisque ce qu’il fallait faire, c’était chercher : mais comment donc entrer dans cette chapelle ? Est-ce possible ? Pourquoi cela serait-il impossible ? Faut-il contourner l’obstacle, entrer par effraction, ou bien sonner à la porte ? On comprend l’obstination à vouloir regarder le champ de bataille du haut du clocher car un élément supplémentaire, définitif peut-être, pourrait surgir et permettre d’avoir un semblant de réponse. L’auteur n’a pas pu obtenir ce qu’il voulait, mais il a eu une autre réponse, sur un autre sujet.
    Napoléon semble avoir gagné la bataille d’Eylau ; mais il n’en est pas convaincu.
    Les Russes affirment avoir gagné la bataille d’Eylau mais ils sont les seuls à le croire.
    Gagner. Gain. Gagnant. Réussir. Réussite. Victoire. Victorieux. Triomphe. Triomphant.
    Et par la suite, perte, abandon, blessure et mort.
    Et par extension, vie, vivant, survivant, revivre.
    Et donc, avant et maintenant.
    Outre-terre, c’est un livre qui fait réfléchir, encore et encore, sur ce que c’est que de gagner.
    Si je suis passé de l’échec à la victoire, qu’ai-je vraiment gagné ? Qu’est-ce qu’il m’a fallu perdre pour gagner ? De combien de petites morts mon chemin est-il marqué ? Suis-je celui ou celle que j’étais avant, quand j’étais vaincu ? Et maintenant que je suis vainqueur, sur qui ou sur quoi ai-je gagné ? Peut-on regagner, d’ailleurs, ce qu’on a perdu ? Et si c’est le cas, ce que je retrouve m’est-il autant nécessaire qu’au temps d’avant, surtout que ce regain n’est pas ce que j’ai perdu, puisque le temps a passé, que les choses ont changé ?
    On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé.
    Mais ce qui s’est passé était hier : aujourd’hui est un nouveau jour.



  • Passer la soirée avec Jean-Paul Kauffmann, en Outre-terre.

    Poursuivre la lecture d’Outre-terre, de Jean-Paul Kauffmann. On en est à la page 301.
    On lit lentement. De plus en plus lentement. Non seulement on relit des passages du Colonel Chabert, mais on refeuillette Balzac, tant qu’à faire, installée sur la chaise basse du bureau prêtée par un chat roux qui se sent, de ce fait, obligé de se lover sur l’imprimante ce qui, en temps normal, est strictement interdit. On fait des listes de livres qu’on voudrait lire ; ceux de Jean-Paul Kauffmann, et toutes les biographies sur Napoléon qu’il cite dans son livre ; on pourrait relire Stendhal, aussi.
    On est restée des heures sur la page 244. L’auteur cite Chrétien de Troyes : « Je cherche ce que je ne puis trouver ». Plusieurs jours sur la page 274 dans laquelle il parle d’Italo Calvino et de l’invisibilité d’un auteur. Un long moment sur la citation de Jean de la Croix, tout en haut de la page 275 : « Il faut aller des choses visibles et qui n’existent pas aux choses invisibles et qui existent ». On a fait une station d’une semaine sur les pages 277 et 278, de « L’inauguration de la statue de Kant » jusqu’à « sous un autre nom ».
    Ces quelques lignes sur le souvenir et sur le passé sont admirables et elles parlent fort à notre cœur blessé. On avait besoin de les lire et elles sont venues jusqu’à nous. Quelle merveille, la littérature, n’est-ce pas ? On a compris très vite, enfant, que les mots sont vivants et qu’ils vont et viennent entre les gens, serviteurs du sens. Un auteur a des mots, et il les offre à qui en a besoin : c’est un don. Là, on n’a pas appris quelque chose, on le savait déjà ; on n’a pas été aidée pour comprendre, non, on avait déjà compris ; on a simplement lu des mots à propos des souvenirs et du passé, qui confirment ce qu’on pense, qui solidifient des choix de vie : redisons-le encore une fois, la littérature, c’est merveilleux, car on n’y est jamais seul.

    « Se souvenir ne consiste pas à battre le rappel incessant du passé, mais à éliminer, en tout cas à opérer un choix, pour que la trace affective soit plus nette ».
    « On en revient toujours à la femme de Loth. Ne pas regarder en arrière. Oui, le passé n’existe que dans le souvenir, il ne se ranimera pas, il fera bien mieux : il réapparaîtra métamorphosé, sous un autre nom. »
    « Peut-être le plus grand amour réside-t-il en cela : pouvoir aimer sans posséder »
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